J’avais décidé dès mon arrivée à Menton, de changer mon parcours initial prévu pour cet après-midi : terminer l’itinéraire officiel de la Route des Grandes Alpes en reliant Nice via le Col d’Èze (507 m).
Sauf qu’à ce stade du voyage, j’étais complètement épuisé. En ajoutant la chaleur infernale qui régnait sur les lieux, je n’avais plus le courage de grimper quoi que ce soit ! Je croyais, après 700 km et 15300 m de D+, que j’allais avoir une santé de fou pour pouvoir enquiller n’importe quel col… sauf que je n’avais plus de force pour réaliser cette nouvelle étape de 47 km et près de 900 m de D+ !
Mon nouveau plan est de réaliser le parcours de Menton > Nice > Cagnes-sur-Mer en suivant la route de la « Basse Corniche » où j’aurais moins de dénivelé à grimper… mais les bords de mer sont souvent piégeux ! Je pensais que la balade allait être plus plaisante mais elle n’a finalement pas été de tout repos…

Dernière précision avant de reprendre la route, pour le reste de mes bagages, j’ai gardé ma sacoche de selle dans laquelle j’ai simplement mis une tenue pour l’hôtel. Pour les chaussures, j’ai fait le choix d’abandonner la paire vélo et de porter mes sandales de randonnée, très confortables et assez rigides pour les poser sur les cales des pédales et surtout très aérées ! Toute la semaine, j’avais l’impression de cuire à l’intérieur !!!
Cette fois-ci, c’est bien parti pour une nouvelle étape. Ne connaissant absolument pas les lieux, je vais d’abord suivre le front de mer en direction de l’Ouest… J’avais un peu étudié la carte sur mon téléphone mais ne voulant pas épuiser la batterie qui devait tenir jusqu’à Cagnes-sur-Mer, je vais essayer de suivre mon itinéraire improvisé en me dirigeant à l’aide des pancartes… ben ça n’aura pas été facile !
Je précise une dernière fois qu’il faisait une grosse chaleur, plus de 35 degrés, et qu’il n’y avait pas la moindre brise venant de la mer pour offrir un soupçon de fraîcheur. La route étant orientée plein Sud et ne proposant quasiment pas d’ombre, le soleil a dardé ses brûlants rayons tout le long du trajet sur ma pauvre carcasse !
En démarrant le long de la Promenade du Soleil, je décide de suivre l’itinéraire vélo proposé par la pancarte reconnaissable avec sa couleur verte. C’est celle de l’Eurovélo 8 avec comme directions principales (Nice / Monaco / La Turbie) mais je n’en ferais en fait que le début.
3 kilomètres tout plat bien entendu, en passant par Carnolès, jusqu’au pied du Cap Martin. Je pense à cet instant que c’est bien cool mais ne connaissant pas du tout les lieux, la route ne va pas rester le long du bord de mer et même le quitter définitivement jusqu’à Nice. Le Cap Martin, que l’on peut contourner par l’ancien chemin des douaniers a été aménagé en une promenade pour… piétons.
Et au final pour ma pomme, c’est un bon gros rocher qu’il va falloir que j’escalade. Oh l’altitude semble dérisoire avec une altitude située à 87 m mais il ne faut pas oublier qu’en partant quasiment au niveau de la mer (4 m), me voilà à gravir 83 m de D+ sur 3,3 km… l’essentiel du dénivelé étant concentré dans une première rampe de 1500 m où la pente atteint allègrement les 10% ! Autant vous dire que j’ai bien souffert !
J’ai eu quand même le temps de voir que le Cap Martin est un vaste quartier résidentiel où les somptueuses entrées des propriétés laissaient penser clairement que les lieux devaient coûter une fortune… et ce, comme j’allais le constater de Menton à Nice… un autre monde qui allait être assez caractéristique de la région !
À la sortie de Cap Martin, je me trouve sur le territoire de Roquebrune. J’abandonne l’itinéraire de l’Eurovélo 8 qui empruntait la Route de la Haute Corniche via La Turbie et le Col d’Èze. Du dénivelé, je voulais en faire le moins possible ! Je vais donc suivre dans un premier temps la Route de la Moyenne Corniche – la D6007. Ouf, c’est un faux plat descendant.
Bien entendu, il y a pas mal de circulation en ce samedi au plein milieu de l’été mais je m’y attendais. La route est quand même assez large pour la partager avec les voitures même si certains conducteurs (et aussi conductrices !) vous klaxonnent tout en vous dépassant rageusement sans raison apparente mais j’ai pu constater lors de mon séjour que c’était un sport national dans la région avec à la clé, une éventuelle coupe de champion du monde de celui qui aura la plus mauvaise foi !
7,8 km depuis Menton. J’essaie de me tenir au plus près du bord du littoral. Pour cela je quitte la D6007 pour emprunter la D6098. Celle-ci me fera quitter temporairement le territoire français pour pénétrer le deuxième plus petit État indépendant au monde après le Vatican : Monaco !
En traversant la Principauté, je me prends une double claque ! D’abord, le gigantisme démesuré de la ville… puis le contraste vertigineux avec les 8 jours précédents que je venais de passer au milieu de la bienveillante quiétude des Alpes !


J’ai une sacrée soif, j’aimerais bien trouver une fontaine pour avoir de l’eau fraîche mais paradoxe : dans une ville peuplée de 38 000 habitants, tous quasi millionnaires, vivants dans des bâtiments de luxe (tous climatisés, je l’ai appris un peu plus tard par un technicien rencontré dans le train pour une visite, y travaillant seulement 4 jours par semaine et seulement 5 heures journaliers, les travaux débutants à 10h pour ne pas déranger le réveil des Monégasques !), équipée de 79 ascenseurs et dont le Yacht-Club abrite des bateaux dont le prix d’achat équivaudrait à une centaine d’années de travail pour le commun des mortels… eh bien je n’en ai trouvée aucune !
L’air est presque irrespirable, je fais une pause à l’ombre d’un bel immeuble (ils sont tous beaux, les rues toutes pavées de briques rouges… par contre, on peut dire que Monaco est une très belle ville !). Je me sens un peu misérable, tout transpirant et essayant de me déshydrater avec mon bidon d’eau chaude ! Les Porches, Ferraris et décapotables de luxe défilent en continu devant mes yeux… bon, il me faut repartir…
Et j’ai eu un mal fou à sortir de la ville ! Ma route m’a guidé vers un tunnel situé au pied du Rocher… les voitures s’y engouffraient en masse, ce n’était pas large, je me disais que c’était forcément interdit aux vélos mais je ne voyais pas de panneaux d’interdiction. Je refais un tour des lieux pour voir s’il y avait un autre passage… mais je me retrouve à nouveau à l’entrée du tunnel. Je consulte mon téléphone, pas le choix, il va me falloir passer par ce tunnel ! J’ai un peu les pétoches, je m’y engouffre…
Argh, ce n’est pas large là-dedans, si un véhicule me double, c’est quasi impossible. Il y a 400 m à franchir, je ne traîne pas. J’hallucine quand je vois des entrées de parkings à l’intérieur, blindés de voitures, de motos et de scooters ! Ouf, voilà la sortie, je retrouve de l’air et quasi sans transition, je repasse en France avec la commune de Cap d’Ail sur un faux plat montant.
Je peux jeter un œil sur la Baie de St Laurent, des énormes yachts y stationnent depuis plusieurs mois… ce sont ceux des milliardaires russes que l’on a saisis au début de la guerre en Ukraine !
Tout est fou sur cette French Riviera… je franchis 2 courts tunnels. Des personnes ont réussi à y construire quelques bâtiments. Certes, avec sûrement une belle vue sur la mer mais coincés sur le bord d’une route qui doit voir passer des milliers de véhicules chaque jour !
Je poursuis… j’arrive à un nouveau tunnel, celui du Cap d’Estel. N’ayant aucune connaissance du coin, je m’engouffre à l’intérieur… Long de 620 m, je suis un peu surpris car il est en descente, et une bonne, avec une pente à 5,5%. Il y a tout de même une bande cyclable (large de 1,30 m) mais je serre un peu les fesses car je dois à fois gérer ma vitesse, la haute bordure d’un trottoir situé à ma droite et à 30 cm de mes pédales et à la voie automobile à ma gauche et aussi située à 30 cm de mon guidon ! De plus, le tunnel n’a pas un super éclairage, genre néons jaune qui n’ont pas été nettoyés depuis belle lurette… Je suis bien content d’en sortir quelques instants plus tard !
J’ai appris par la suite qu’il était possible de le contourner mais dans l’autre sens (d’ailleurs le tunnel est interdit aux vélos dans le sens montant) en passant une voie qui passe par la pointe du Cap d’Estel et la Pointe de Cabuel. Paradoxalement, si je l’avais empruntée dans mon sens, j’aurais été « bloqué » par un sens interdit et un contresens de seulement 170 m !
À la sortie du tunnel, je me retrouve dans un passage où la route est coincée entre une paroi à droite et le chemin de fer juste à gauche. Le bord de mer est tellement escarpé par endroits que les infrastructures se fraient un mince chemin.
Peu après, j’atteins Èze, pas celui du col que je devais initialement franchir mais celui du Bord-de-Mer. Il faut savoir que la commune d’Èze s’étend sur un territoire escarpé, allant du bord de mer Méditerranée (Èze-Bord-de-Mer) jusqu’au piton escarpé de Èze-Village à 429 mètres d’altitude puis jusqu’au Col d’Èze à 507 m d’altitude.
La route contourne ensuite le Cap Roux. C’est l’un des rares endroits où je me retrouve presque au bord de la mer. Je franchis un court tunnel taillé dans la roche, ce sera le dernier de mon parcours.
J’arrive ensuite à Beaulieu-sur-Mer, l’une des communes les plus huppées de la Côte d’Azur. En traversant, encore de belles résidences, des palaces, un casino… mais je constate que l’urbanisation est folle, tout le monde veut avoir sa vue sur la mer ! Les quelques monuments historiques doivent étroitement côtoyer avec de grosses villas ou des immeubles.
L’eau de mes bidons est devenue chaude. Je guette depuis un moment une fontaine pour me rafraîchir, il n’y a absolument rien de ce genre sur les bords de la route ! Je peste un peu, être à 2 pas de la mer et ne pas trouver une goutte d’eau… Je pourrais tourner un peu dans les communes pour chercher un point d’eau mais je suis épuisé et je n’ai pas la force de faire cela.
Je continue en traversant Beaulieu-sur-Mer. À la sortie de ce dernier, je passe à proximité du Cap Ferrat. Une bonne rampe d’environ 200 m me brûle les cuisses puis je traverse un pont de chemin de fer… Sans le savoir sur le coup, j’ai franchi un col reconnu par le Club des Cent Cols ! C’est le Col de Beaulieu et avec ses 17 m d’altitude, c’est le plus petit col de ma collection ! Juste ci-dessous, un aperçu du col en question.
Je poursuis ma route. C’est un bon faux plat montant. En temps normal, je n’en aurais fait qu’une bouchée mais avec l’épuisement et la chaleur toujours infernale, je traîne lamentablement. Mon moral n’est pas au beau fixe… Pour le remonter, je profite d’une belle vue sur la rade de Villefranche-sur-Mer.
Je me retrouve à Villefranche-sur-Mer. Bonne nouvelle, je sais que je suis bientôt arrivé à Nice. Mais avant cela, il faut vraiment que je trouve à boire un truc frais, je suis complètement déshydraté. Faute de fontaine ou autre, je me jette par dépit dans une épicerie Casino et achète une canette de Coca et une autre de Perrier. Je me mets dans un coin à l’ombre et les avale presque d’un trait. Rhaaaa, ça fait du bien ! Ça fera l’affaire jusqu’à Nice où j’espère vraiment trouver des fontaines…
J’en termine avec la Route de la Basse Corniche en contournant le Cap de Nice. Même si le D+ a été insignifiant avec environ 350 m sur 30 km depuis Menton, il m’a bien usé avec une succession irrégulière de faux plats montants et descendants. Je mets bien sûr cela sur le compte de la chaleur et de mon épuisement. En temps normal, ce serait très roulant. De plus, après cela, en tant que cycliste, il faut avoir les nerfs solides car il faut composer avec une circulation complètement dingue quand il n’y a pas encore en bonus les rageux habituels qui ne peuvent pas s’empêcher de klaxonner ou de faire des dépassements limites ! Je l’ai constaté quelques jours plus tard en faisant une boucle au Col d’Èze et en revenant par la même route (j’ai mieux roulé à cette occasion !).
J’arrive enfin à Nice. C’est sympa car l’entrée se fait par le port. Il est un peu plus modeste que ceux de Monaco ou Beaulieu-sur-Mer, mais il y a de l’animation avec les habituels yachts de luxe. Au bout d’un quai, j’aperçois par contre un bateau beaucoup plus imposant que les autres, c’est l’un des ferries qui fait la liaison avec la Corse ou la Sardaigne.
Les façades colorées des résidences qui entourent le port sont assez chouettes. En faisant le tour du port, je me retrouve à la Pointe de Rauba-Capeù qui m’offre une magnifique vue sur la Baie des Anges. À proximité se trouve un imposant Monument aux Morts creusé dans la falaise.
Et il y a aussi le symbole incontournable de la cité azuréenne, la fameuse structure « #I love Nice » ! Tout le monde se fait volontiers photographier avec. Il faut savoir qu’elle a été conçue à la suite de l’abominable attentat du 14 juillet 2016 et qu’elle était éventuellement déplaçable par la suite dans des lieux emblématiques de Nice. Mais depuis plusieurs années, elle se trouve donc à la Pointe de Rauba-Capeù. Je zappe la séance photo mais j’y retournerais quelques jours plus tard pour faire le selfie souvenir !




Je poursuis ma route et me retrouve rapidement sur le lieu le plus emblématique de la Côte d’Azur : la Promenade des Anglais. Après l’avoir vu de nombreuses fois en photo ou à la télé, j’y suis pour la première fois en vrai ! Avec la plage, la Baie des Anges, les palmiers… ben je trouve que c’est assez chouette et je suis bien content. Mais quel contraste avec le fait d’avoir passé 8 jours au milieu des montagnes…

Il y a une belle piste cyclable que je vais beaucoup apprécier pour 2 raisons : c’est tout plat (et ce jusqu’à Cagnes-sur-Mer) et j’ai enfin trouvé un point d’eau et même plusieurs… Le top de ces points d’eau : une machine offrant gratuitement de l’eau fraîche ou bien de l’eau… gazeuse ! Cette dernière était un délice !
Mais je ne traîne pas trop, il me reste tout de même une quinzaine de kilomètres avant de rejoindre mon hôtel et je ne pense qu’à une seule chose : prendre une bonne douche et me reposer.
Je profite longuement de la vue sur la Baie des Anges offerte par la Promenade des Anglais, 7 kilomètres sont nécessaires pour en venir à bout.
Le long du littoral, aucun souci avec la circulation car je n’ai qu’à rester sur la piste cyclable qui est globalement bien aménagée. Je passe à côté de l’aéroport de Nice-Côte d’Azur puis aux abords de St-Laurent-du-Var. J’arrive enfin à Cagnes-sur-Mer mais il me faut poursuivre un peu après jusqu’à Villeneuve-Loubet où se trouve mon hôtel.
Terminus devant l’entrée de l’hôtel F1 de Villeneuve-Loubet. Je suis exténué… Cette étape bonus n’était longue que de 50 km et pas du tout difficile sur le papier avec ses 382 m de D+ mais qu’elle a été interminable avec près de 3h15 de selle sans les nombreuses pauses ! La chaleur m’a pompé toute mon énergie et sans le savoir j’étais très déshydraté. Mes lombaires étaient aussi encore en souffrance. J’ai mis d’ailleurs plusieurs jours à me remettre de ces 2 inconvénients.
Après avoir pris possession de ma chambre et remisé mon vélo dans un local, je peux enfin prendre une bonne douche ! J’ai fait ensuite une bonne sieste réparatrice.
Après cela, je devais patiemment attendre mon épouse Corinne qui devait me rejoindre dans la soirée… Seulement, depuis Dijon, son trajet en voiture a été interminable ! Entre les bouchons et les ralentissements de ce week-end d’août, au lieu de mettre environ 6h30, le voyage a duré près de 10h ! Je ne la remercierais jamais assez d’avoir contribué à une logistique un peu compliquée (elle m’avait aussi déposé au départ à Thonon-les-Bains).
Après avoir enfin retrouvé Corinne assez tard, nous avons enfin pu dîner vers 22h30 ! Puis on a profité d’une bonne nuit de repos.
Les 15 jours suivants ont été consacrés à la suite de nos congés estivaux. Nous avons campé à Cagnes-sur-Mer. La canicule s’est poursuivie longtemps encore… J’ai mis une bonne semaine à me remettre de ma déshydratation et de mes douleurs lombaires.
Trois jours plus tard, entraîné par 2 jeunes cyclistes au camping, j’ai réussi tout de même à faire une sortie en passant par le Col d’Èze et à nouveau la Route de la Basse Corniche depuis Roquebrune-Cap-Martin. Après l’avoir zappé, on pourra dire que la boucle était bouclée !

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